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Méditation : Temps de Miséricorde (No 67)

21 juin 2021- 12e semaine du temps ordinaire

Image par ElisaRiva de Pixabay

Évangile du lundi 21 juin (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Enlève d’abord la poutre de ton œil » Mt 7, 1-5

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Méditation : Mesure et jugement

Dans l’histoire du péché originel racontée dans la Genèse, le serpent dit : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez (du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin), vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gn 3, 5). Le serpent, le mal, nous propose « d’ouvrir nos yeux » et ce, en contradiction avec l’oeil sain, l’oeil pur du coeur, que nous avons médité précédemment. L’oeil du serpent est celui de la mesure, mesure qui réduit tout, Dieu comme les humains et la création, à des choses quantifiables, possédables et utilisables. Cette mesure s’exerce en nous par le jugement, jugement sur nous, sur les autres et sur Dieu. Notre jugement, qui n’est pas celui de Dieu, se fonde sur le mal, et sur le mal, plus particulièrement, qui nous a été fait. À partir du rejet, de l’abandon, de l’humiliation, de l’abus, de l’obligation d’être un autre ( ex : je t’aimerai si tu es un garçon pas une fille ou si tu es un bon garçon qui fait tout sans exister), ou de prendre le rôle d’un autre (ex : devoir jouer le père ou la mère), de l’exclusion, etc., se pose une mesure de mal en nous face à la réalité et nous conduit à tout juger à partir de cette expérience. Et le jugement est une mesure où non seulement nous nous réduisons nous-mêmes et les autres mais où la mesure pose la distance entre nous et l’A(a)utre, une mesure qui crée un fossé infranchissable.

Ce jugement s’exerce sur nous dans une difficulté à exister pour qui nous sommes, dans une culpabilité d’être nous-mêmes, dans une auto-agression ou auto-accusation constantes. Jugement et mesure nous maintiennent dans la blessure fondamentale qui nous a été faite. Nous vivons ainsi dans l’illusion d’être comme des dieux, ayant pouvoir sur le bien et le mal, quand, en réalité, nous devenons les disciples du mal en vivant à partir de lui, spécialement du mal qui nous a été fait. Si nous avons été rejetés, nous continuons à vivre dans le rejet de nous-mêmes. Si nous avons été humiliés, nous poursuivons notre propre humiliation. Si nous avons été abusés, nous nous abusons.

Cette mise en mesure de l’autre se réalise particulièrement dans le jugement. Non seulement nous jugeons les gens qui nous ont blessé mais nous les tenons à distance par notre jugement afin de ne pas, de nouveau, être blessés. Mais nous ne nous rendons pas compte que nous perpétuons ainsi le pouvoir du mal sur nous en reproduisant et en blessant à notre tour les autres qui nous ont blessés… ou non. Car, vivant à partir du mal en nous, toute personne est soumise à la mesure du mal en nous et à la distance entre nous que cela implique. Nous nous gardons ainsi loin de Dieu et des autres.

C’est de cet oeil, caché sous le mensonge de l’ouverture, que Jésus nous met en garde dans ce texte : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera ». Cette réalité est si vraie dans nos vies par rapport à nous-mêmes et par rapport aux autres. Car si nous jugeons, cela part d’un jugement sur nous-mêmes. Nous jugeons les autres selon le jugement avec lequel nous nous jugeons. Tous nos jugements des autres traduisent le jugement constant qu’il y a en nous sur nous-mêmes. C’est pourquoi Jésus nous dit « ne jugez pas les autres, car, tant que vous le faites,vous maintiendrez en vous le jugement sur vous-mêmes et le pouvoir du mal sur vous ». De la même façon, tant que vous mesurez l’autre, « qu’il est ceci ou qu’il est cela »,vous le marquez de la mesure avec laquelle vous vous réduisez vous-mêmes.

Il existe une différence profonde entre le jugement de Dieu, ou de l’oeil pur du coeur, et le jugement du monde, ou celui de cet « oeil ouvert » au mal. Le premier, comme une prière du matin le dit, « ne voit que le bien en chacun.e ». Il contemple en l’autre et en nous-mêmes la beauté de Dieu qui y habite et contemple, ainsi, la personne dans la beauté de cette Présence et de sa présence dans la Présence. Il voit, souvent, ce que nous ne voyons plus de nous et de l’autre, à savoir la grandeur et la dignité de son/notre identité unique. « L’oeil ouvert » du mal ne fait que mesurer l’autre à l’aune du mal qu’il a intériorisé et ne fait que le projeter et le faire subir à l’autre. Une telle façon de faire ne fait que faire grandir le mal en nous de même que son jugement et sa mesure.

Jésus nous invite donc : « Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère ». C’est la condition nécessaire pour briser cette prétention que nous avons d’être comme des dieux et d’être la mesure du bien et du mal. Nous brisons le cercle vicieux du mal quand nous osons, avec Dieu, enlever la poutre qui est dans notre oeil, la cataracte de mal qui recouvre le coeur. Et quelle libération le jour que cela survient, car une poutre de mal, de jugement et de mesure sur nous-mêmes et sur les A(a)utres est un poids lourd à porter et à traîner quotidiennement ! À la différence de l’ « oeil ouvert » sur le mal qui nous y enferme, l’oeil pur que Dieu veut pour nous, « tu verras clair » (nous dit le texte), n’est pas un esclavage mais la libération de notre don et de celui de l’A(a)utre, dans tout son droit d’exister, dans toute sa valeur et dans la joie de sa différence.

L’oeil pur est foncièrement un oeil de miséricorde qui redresse l’autre en le révélant dans son mystère unique surgi du mystère sans fin de Dieu. L’oeil pur s’inscrit dans le réel de la gratuité de la Vie et de Dieu et brise toute mesure mesquine de notre mal.

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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