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Méditation : Temps de Miséricorde (No 68)

22 juin 2021- 12e dimanche du temps ordinaire

Image par Dreampic123 de Pixabay

Évangile du mardi 22 juin (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux » M7 7, 6.12-14

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ; ne jetez pas vos perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent, puis se retournent pour vous déchirer.
Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.
Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. »

Méditation : La porte et le chemin de l’A(a)utre

Les derniers textes évangéliques nous ont décrit deux mondes, un terrestre avec toutes ses richesses mais, aussi, ses envies, ses convoitises, ses inquiétudes, ses mesures et ses jugements et son « oeil ouvert » sur le mal, et, un autre, céleste où Dieu nous ouvre son Royaume, nous donne sa Vie en partage, nous apporte la paix, nous ouvre la démesure de sa Miséricorde et purifie l’oeil de notre coeur pour tout voir en vérité. Aujourd’hui, il est question des deux portes et des deux chemins respectifs de ces mondes. La porte et le chemin du premier monde sont décrits ainsi : « Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent ». Quant à l’autre, il est écrit : « Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent ».

Nous sommes, de nouveau, placés devant la réalité de nos choix, celui de la mort ou de la vie. Telle est la grandeur de notre liberté. Mais est-ce que l’un ou l’autre choix conduit à plus de liberté et, surtout, à notre bien et à celui de toutes et de tous ? En fait, le texte nous dit qu’un « conduit à la perdition » et l’autre « conduit à la vie ». Qu’est-ce qui fait que ces deux portes et ces deux chemins sont foncièrement différents ? Le problème n’est pas que le terrestre n’est pas bon mais, si l’humain se vit sans Dieu ou sans sa dimension spirituelle profonde, il devient une sorte de coquille vide et il perd son chemin.

Le mal est l’illusion constante que tout nous appartient. À ce titre, sur ce chemin du mal, nous ne choisissons pas vraiment, car nous profitons de tout, des choses comme des personnes, sans reconnaissance de Celui qui en est l’Origine et qui donne sens à notre vie. Le mal est vraiment l’abandon de tous nos choix, de notre liberté, de notre volonté, de nos véritables désirs, de notre « je », de notre identité… C’est cela la « perdition », à savoir la possession et l’exploitation envieuses de tout pour nous-mêmes au prix de la perte de l’essentiel de notre humanité qui est l’Amour de Dieu, de notre prochain et de nous-mêmes. Je répète : le mirage du mal est de nous faire croire que nous posséderons tout en devenant comme des dieux quand, en fait, dès l’origine, Dieu voulait nous diviniser en se donnant Lui-même, gratuitement, en don à nous. La terre promise par Dieu a toujours été le Royaume trinitaire où l’humain est appelé à vivre en union avec Dieu. Nous avons refusé d’entrer dans la gratuité de la Vie, par « la porte étroite », pour « entrer dans la porte large » de la possession des richesses du monde au prix de la perte de Dieu et de notre humanité.

Si nous regardons à l’intérieur de nous le mal qui nous a été fait, que nous traînons et que nous reproduisons, nous voyons honnêtement que cela est vrai. Si nous regardons avec un oeil sain la réalité de la pornographie, la traite des personnes, l’exploitation des personnes, dont les enfants, à cause des obligations du marché mondial, la destruction de la planète, les guerres, les terrorismes de toute sorte, et nous pourrions allonger la liste à l’infini, la conclusion est encore évidente. À cet égard, je trouve que la multiplication actuelle des films de zombies nous offre une parabole puissante de la perdition de ce monde, soit des humains morts-vivants. Et ce qui est le plus dramatique dans tout cela est que tristement nous donnons aux chiens ce qui est de plus sacré en nous et nos perles aux pourceaux, et ce, parce que, dans un monde fondé sur la possession, nous sommes devenus ignorants de ce qui est, en nous et en l’autre, sacré et de nos perles. Le mal est une perte ou une abolition de nous-mêmes et de l’A(a)utre.

Si Dieu est Amour et si la substance même de la création et de l’humain est Amour, le vrai chemin vers la Vie demeurera toujours d’emprunter le chemin de l’A(a)utre. C’est là le seul chemin vers Dieu et vers la plénitude de notre humanité. Si Dieu est la plénitude de la Vie, nous portons chacun.e, et ce par pure gratuité divine, une part de cette Vie. Seul le don mutuel de nos dons ou, dit autrement notre interdépendance ou notre communion dans la Vie partagée, est la voie royale de la Vie. C’est cela que nous rappelle Jésus en nous citant cette règle d’or : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ». Ce simple énoncé nous rappelle que personne ne cherche pour lui le mal, car chaque être a été créé bon et façonné dans une complémentarité et réciprocité avec l’A(a)utre. Cette bonté, chacun.e la porte. Il s’agit de nous rappeler ce que nous voulons que les autres fassent pour nous pour mettre en lumière que le chemin d’exploitation de l’A(a)utre ne saurait jamais être une voie vers la Vie, vers nous-mêmes et vers l’A(a)utre.

La porte et le chemin sont l’A(a)utre.

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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