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Méditation : Temps de Miséricorde (No 70)

24 juin 2021- Solennité de la Saint Jean-Baptiste

Image par Thomas B. de Pixabay

Veuillez noter que la dernière méditation sera ce dimanche avec l’arrivée des vacances. Nous recommencerons à l’automne mais, cette fois, ce sera une équipe qui vous accompagnera.

Évangile du jeudi 24 juin (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Son nom est Jean » (Lc 1, 57-66.80)

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. » On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? »
En effet, la main du Seigneur était avec lui.

L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.

Méditation : Précurseurs d’un monde nouveau

Cette histoire se passe au temps d’Hérode, roi de Judée, qui est un acteur très actif de ce monde de perdition dont les dernières méditations nous ont parlé. Hérode est un personnage dont le contraste est frappant par rapport à Zacharie et à Élisabeth, décrits ainsi : « Ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable. Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile et, de plus, ils étaient l’un et l’autre avancés en âge » (Lc 1,6).

De ce portrait de départ, j’aimerais tirer pour nous une première leçon : la fidélité à Dieu, malgré les combats que cette fidélité signifie dans un monde comme le nôtre et malgré son apparente stérilité, a une grande fécondité. Elle nous rappelle aussi que cette fidélité et cette fécondité ne sont pas une question d’âge (« l’un et l’autre avancés en âge »). Cela nous rappelle la valeur de nos aîné.e.s dont la foi en Dieu porte une fécondité importante pour notre monde. Dans nos activités de la prime jeunesse, nous croyons bien naïvement que c’est nous qui maintenons le monde mais je crois que, sans la prière de nos aîné.e.s, il ne tiendrait pas. Qu’adviendra-t-il d’ailleurs à notre monde, quand les nouvelles générations d’ainé.e.s n’auront plus la foi qui le soutient ? Au Québec, plusieurs personnes ont bien ridiculisé cette « foi du charbonnier » sans soupeser la force de sa fécondité.

De plus, ces versets du texte sont bien parlants : « Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle ». C’est en nos aîné.e.s, ces personnes qui ont traversé tant de moments difficiles et qui ont vécu tant de chutes, que la miséricorde de Dieu éclate avec plus de force. Ils en sont les témoins pour les générations qui suivent, car ils ont expérimenté, plus que les jeunes, la puissance de la miséricorde de Dieu. Ils peuvent ainsi en être les témoins et rappeler aux jeunes de ne jamais se décourager, car Dieu les accompagne toujours. Et que la mort n’est pas le terme de la vie.

Je note, aussi, en cette solennité de Jean-Baptiste, comment chaque enfant est toujours une espérance pour ce monde. Dans un monde marqué la mort, ils sont les signes et les précurseurs vivants du possible infini de la Vie. Chaque naissance d’un enfant porte l’espérance d’un monde nouveau. La venue de chacun.e change le monde pour le meilleur. La question, toutefois, est comment allons-nous les protéger des Hérode de ce monde qui massacrent l’innocence. Et comment préserver cette innocence ? sinon en les éduquant dans la grâce de l’Indicible. Dans nos sociétés laïcisantes qui écartent et cachent tous les signes du spirituel, comment apprendront-ils que ce qu’ils éprouvent en eux de ce Ciel rempli de Vie est vrai et est la Source de leur naissance continuelle ? Que l’intelligence véritable est celle de la Vie et non celle uniquement de compétences au service d’une économie totalitaire ?

Chaque enfant qui naît est un mystère infini, une source inépuisable de vie par, avec et en Celui qui est la Vie. L’expression de ce mystère unique s’exprime dans le nom : « sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. » », qui signifie « Yahvé est favorable ». Tout enfant est une faveur de Dieu pour ce monde et chacun porte un visage de Dieu unique. Ce verset du texte le traduit de belle façon : « Personne dans ta famille (et nous devrions dire dans toute la famille humaine) ne porte ce nom-là ! » Le baptême chrétien est, en réalité, la célébration de ce mystère, que chaque être est un don unique de Dieu pour le monde et que, en lui, est la demeure de la Sainte Trinité. Voilà le temple le plus sacré de l’univers : un enfant, un humain.

Dans le livre de la Vie, Zacharie écrit de par Dieu : « Jean est son nom ». Un nom surgi de la Parole, du Verbe unique du Père sous le souffle de l’Esprit. « Jean est », car il participe du « Je suis » de Dieu. Il a part à l’Être de Dieu et, au coeur du monde, est un lieu de son surgissement et de son partage. Chaque être humain déborde au départ de Dieu mais plus, dans notre existence, nous entrerons dans l’obéissance à notre nom, plus nous le déborderons, plus Il sera révélé et communiqué mais, aussi, plus nous deviendrons humains et bâtiront le Corps de Dieu de l’humanité.

Le chemin de l’incarnation de la Parole auquel nous sommes tous conviés s’exprime ainsi dans ce texte : « sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu ». Cette parole de Dieu que nous sommes, toute notre vie est appelée à la parler et à en devenir bénédiction pur les autres. Comme Marie, toute notre vie est qu’il nous soit fait selon sa Parole. C’est dans l’obéissance à cette Parole, et donc à notre propre mystère en Dieu et de Dieu en nous, et dans l’obéissance au souffle de Vie qui l’accompagne que chaque humain transforme le monde de l’intérieur et le rend meilleur. La transformation/conversion/résurrection du monde se produit non par de grands actes mais simplement en disant oui à Dieu en nous pour que notre stérilité devienne fécondité. La stérilité humaine est l’humilité nécessaire pour que la gloire de Dieu éclate en nous et rappelle que, sans la relation avec Dieu, il n’y a pas de fécondité, car la fécondité naît toujours de l’Amour, et donc de la relation.

En cette solennité de la Saint Jean-Baptiste, souvenons-nous que nous sommes chacun.e les précurseurs d’un monde nouveau si nous vivons jusqu’au bout le mystère de notre nom !

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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