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Méditation : Temps de Miséricorde (No 71)

25 juin 2021- 12e semaine du temps ordinaire

Image par Jacques GAIMARD de Pixabay

Évangile du vendredi 25 juin (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Si tu le veux, tu peux me purifier » Mt 8, 1-4

Lorsque Jésus descendit de la montagne, des foules nombreuses le suivirent. Et voici qu’un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt il fut purifié de sa lèpre. Jésus lui dit : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne l’offrande que Moïse a prescrite : ce sera pour les gens un témoignage. »

Méditation : Deux mains qui font alliance dans le côté de l’A(a)utre

Nous l’avons vu avec les passages évangéliques des derniers jours, nous sommes des êtres blessés et des êtres en combat intérieur, pris entre la mort et la vie. Notre vie à cause de ce mal qui nous habite n’est pas toujours simple. La question qui surgit quelque fois en nous est : Arriverons-nous à nous en sortir ?

Le récit du lépreux, peut-être mille fois lu, nous rappelle que tout est possible à et avec Dieu. Pour ce faire, le texte nous fournit quelques indications sur le chemin à suivre. Le premier est de « s’approcher ». Au premier abord, le mouvement semble simple mais il implique de se mettre à la vue de toutes et de tous, et spécialement de Dieu, dans notre lèpre. Nous savons que de nous montrer aux autres avec nos fragilités et, plus encore, avec nos blessures nous est difficile. D’autant plus, comme les lépreux du temps qui n’avaient aucun droit de s’approcher, nous ressentons notre indignité, notre culpabilité profonde face à nous-mêmes et aux autres et toutes les condamnations des autres intériorisées en nous. En fait, qui peut reconnaître et aimer une personne, comme nous, qui est si déformée, si laide, si peu aimable, si mauvaise ?! Et comment nous est-il possible de nous laisser approcher à cause du risque d’être blessés à nouveau ? N’est-il pas mieux, à ce compte, de vivre notre petite vie en exclusion et à distance de nous et des autres ?! À quoi bon ?

S’approcher est, nous pourrions dire, le début de notre acte de foi qui choisit la vérité de notre état et, donc, initie une pureté de regard sur nous. Seule la grâce peut donner un tel courage en gardant nos yeux fixés sur Jésus. En s’approchant, en se « faisant prochain » de nous et de l’A(a)utre, débute le retissage de nos relations blessées. Il est une main tendue dans l’espérance.

Puis il se prosterne…

Dans la prosternation, il y a, pour nous, une humilité et un lâcher-prise. Ce lâcher-prise n’est pas un « tout laisser tomber » mais un « nous laisser trouver » au lieu même de notre enfermement, de notre maladie, de notre tombeau et de nos illusions que nous pouvons nous sauver sans l’A(a)utre. Nous déposons ainsi dans l’intime du Coeur de Jésus tout ce qui nous empêche d’être : nos laideurs, nos blessures, nos jugements, nos peurs, nos rejets, etc. Et, du même coup, notre acte de foi se renforce et reconnaît en Jésus quelqu’un de plus grand que nous et à qui nous pouvons tout confier. Nous posons, ainsi, un premier acte de reconnaissance face à nous-mêmes; nous commençons à intuitionner notre propre valeur.

Prosterner, nous entrons dans la prière : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ». Par la foi qui habite les mots de notre prière, nous posons un acte de confession d’une extrême beauté envers Dieu. Notre coeur est déjà atteint par la grâce de Dieu qui nous purifie. « Si tu le veux » exprime à Jésus non seulement notre foi et que nous le « voyons » mais, aussi que nous croyons qu’il a le pouvoir de nous guérir. Et, ici, nous ne devons plus reculer. Nous ne devons plus nous laisser distraire par ce dégoût de nous-mêmes qui nous a, si longtemps empêchés, non seulement de nous laisser voir mais de nous laisser toucher par Dieu.

La réponse de Jésus est instantanée : « Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » » Laissons la grâce de Dieu faire son travail en nous et ouvrir cette disposition intérieure où notre être redevient profondément prière, car la prière est essentiellement cette rencontre d’intimité entre Dieu et nous ou, réciproquement, nous nous laissons « toucher ». Nous entrons dans la pauvreté de Dieu où tout est en partage. Nous éprouvons au coeur de ces paroles de Jésus qu’il offre Lui-même, au départ, la plaie de son Coeur et nous invite, comme à Thomas, à y plonger la main. Il nous y offre là sa miséricorde afin qu’en ce moment si important nous ne reculions pas mais que nous demandions à Jésus de mettre sa main dans notre côté afin de nous purifier, de nous sauver, de nous ressusciter… Deux mains qui font alliance dans le côté de l’A(a)utre

Par ces mots, « je le veux, sois purifié », Jésus nous révèle sa volonté d’Amour sur nous et épouse la nôtre. De cette rencontre de deux « je veux » unis dans l’Amour surgit, dans la foi, toute pureté. Et Jésus ne nous purifie pas à petites doses mais il nous rend purs immédiatement dans tout notre être : « aussitôt il fut purifié de sa lèpre ». Dans un être ouvert par la foi du Christ, il n’y a pas de limite à ce que sa grâce peut faire en nous. Osons donc nous approcher, nous prosterner, entrer dans notre prière d’être et nous laisser toucher et purifier par le Christ ! car tout cela, il le veut et ce vouloir rejoint la volonté la plus intime et vraie de l’humain.

Mais « attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne l’offrande que Moïse a prescrite : ce sera pour les gens un témoignage ». La réponse que Jésus demande quand il purifie une personne n’est pas nécessairement la même pour toutes et tous, car notre blessure et notre adhésion au mal sont différentes. Ce n’est pas parce que nous sommes purifiés que tout est réglé, c’est plutôt le début d’un chemin, d’une naissance, où il nous faudra veiller à ne pas retourner à nos lèpres. Dans le cas de ce lépreux, je peux imaginer que d’annoncer partout le ferait tomber, possiblement, dans une sorte de contention et d’orgueil qui pourrait le ramener rapidement vers sa blessure. Jésus ne lui demande pas de le suivre mais simplement d’offrir une simple offrande, « ce sera pour les gens un témoignage ». Ce lépreux purifié devra approfondir ces paroles, car Jésus lui a découvert la forme de son témoignage. Et chacun.e de nous, à la suite de la rencontre avec le Christ, après avoir obéi à la parole de purification de Jésus, nous serons appelés à obéir à la mission qu’il nous confie. Et « attention » de ne pas chercher la voie de son témoignage, car le danger est grand de retomber en arrière. La mission est un don à accueillir et à consentir. Nous ne pouvons nous donner à nous-mêmes notre mission.

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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