Méditation : Mystère d’incarnation ! (No 230)

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Évangile du Samedi 28 mai 2022 – 6e semaine de Pâques (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et vous avez cru » Jn 16, 23b-28

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite.
En disant cela, je vous ai parlé en images. L’heure vient où je vous parlerai sans images, et vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père. Ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; or, je ne vous dis pas que moi, je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et vous avez cru que c’est de Dieu que je suis sorti. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père. »

Méditation

Jésus nous explique aujourd’hui un passage important dans la vie spirituelle et sur notre chemin de Résurrection : « En disant cela, je vous ai parlé en images. L’heure vient où je vous parlerai sans images, et vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père. » Ce passage est donc un saut des images ou figures du monde aux sans images et sans figures du Père. Et ce chemin n’est en aucune façon la négation des images et des figures, car le Fils s’est incarné révélant de ce fait toute la valeur des images, étant Lui-même figure du Père. Mais chacun.e de nous est appelé à franchir le voile des images par la foi et toucher à l’intime du Père, qui demeure toujours au-delà de toute figure et, en même temps, l’origine de chacune d’elles.

Ce passage des images aux sans images fait référence, d’abord, à cette bascule de ce monde, figure de Dieu, avec ces milliards de figures, à l’expérience du Dieu qui habite tout. Nous aimons les certitudes que nous apportent les images, les figures, ce qui compose le concret de notre existence et il n’est pas simple pour nous de vivre simplement de la foi pour plonger dans le sans image du Père. Nous pouvons donner le simple exemple que, si Dieu ne se rend pas sensible pour nous, nous avons le sentiment qu’il nous a abandonné. Ou en appeler de l’exemple donné par saint Paul : « C’est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide ; vous ne pouviez encore la supporter (…) car vous êtes encore charnels » (1 Cor 3, 2-3).

Tant que nous sommes charnels et non pas des femmes et des hommes spirituels, Dieu nous parle en figures, car nous n’avons pas encore en nous la langue de feu de l’Esprit, si bien que nous ne comprenons pas son langage. Pour nous, la langue de l’Esprit nous demeure étrangère. Et, s’il en est ainsi, nous ne pouvons saisir le Fils, car nous ne pouvons dans l’Esprit, comme à l’Annonciation, « recevoir, contempler, comprendre la Parole » et lui donner de s’incarner en nous. Sans l’Esprit, il n’y a pas d’incarnation de la Parole.

Nous pourrions donc dire que le chemin spirituel implique le passage de la figure au fond et du fond à la figure. Par l’Esprit, il nous est offert de touché au fond qu’est le Père et de ce fond dans l’Esprit consentir (dire oui, comme Marie) à la naissance (éternelle) du Fils en nous, à la figure du Dieu invisible. C’est cette expérience où, grâce à l’Esprit, la Parole nous saisit dans l’intime et nous permet alors de « demander en son nom », par ce « Nom » du Fils qui nous habite. Si, comme Marie, nous nous laissons épouser par l’Esprit, alors la Parole saisit notre être tout entier et donne au Fils de naître en nous et nous en Lui. Notre vie et notre être deviennent progressivement entièrement épousés au point que toute notre vie devient filiale et spirituelle, c’est-à-dire habitée du Fils et de l’Esprit.

Nous éprouvons alors que le Fils est sorti du Père pour nous et continuellement, par, avec et en nous, y retourne. Notre être dans le Fils est donc placé à la jonction de cette sortie et de ce retour du Fils vers le Père. C’est pourquoi Jésus nous dit : « je ne vous dis pas que moi, je prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et vous avez cru que c’est de Dieu que je suis sorti. » Le Père nous aime, car Il contemple en nous son Fils. En fait, Il vit sa relation d’Amour avec le Fils dans l’Esprit par, avec et en nous.

Cette incroyable transformation en nous n’est pas facile pour nous, car elle exige ce passage de l’image au fond, de la chair à l’Esprit. C’est ce passage qui peut seul faire advenir celui du fond à l’image et de l’Esprit à la chair. En d’autres mots, notre chemin spirituel implique de passer des figures du monde à Dieu (ces nuits dont parle saint Jean de la Croix) puis de Dieu au monde. Car ce n’est qu’étant saisis dans le silence du Père, et par le Fils en nous dans l’Esprit, que toutes les figures du monde et la nôtre en particulier deviennent sacrées, transparaissent de Dieu et débordent de sa Vie. Notre vie et ce monde prennent alors leur sens véritable… en Dieu, car « incarnation du Dieu Vivant ».

Le chemin spirituel est un chemin d’entrée dans la chair jusqu’à Dieu et de sortie de Dieu jusqu’en la chair, pour n’être plus qu’Un dans l’Amour. Toute figure atteint alors sa beauté et sa stature, car elle est reprise de l’intérieur par Dieu, mystère d’incarnation qui nous plonge dans l’Inouï de son Être. Nous devenons ainsi sacrement du Divin

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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