Méditation : Louange de Vie ! (No 233)

Évangile du Mardi 31 mai 2022 – Visitation de la Vierge Marie – 7e semaine de Pâques (tiré de la Bible de Chouraqui)

« D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Lc 1, 39-56

Miriâm se lève en ces jours, elle va dans la montagne, et s’empresse vers une ville de Iehouda. Elle entre dans la maison de Zekharyah et salue Èlishèba‘. Et c’est, quand Èlishèba‘ entend la salutation de Miriâm, l’enfant tressaille dans son ventre. Èlishèba‘ est remplie par le souffle sacré. Elle crie d’une voix forte et dit: « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de ton ventre ! Pour moi, d’où cela, que la mère de mon Adôn vienne vers moi ? Oui, la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles; et voici, l’enfant tressaille d’exultation dans mon ventre; En marche, celle qui adhère à la réalisation plénière de ce qui lui a été dit de la part de IHVH-Adonaï ! » Et Miriâm dit: « Mon être exalte IHVH-Adonaï; mon souffle exalte pour Elohîms, mon sauveur, parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante. Voici, désormais tous les âges me diront: En marche ! Oui, le Puissant fait pour moi des grandeurs, et son nom est sacré. Son secours matriciel, d’âge en âge sur ses frémissants, il fait prouesse de son bras; il disperse les orgueilleux en l’intelligence de leur coeur. Il fait descendre les puissants des trônes, mais relève les humbles. Il remplit de biens les affamés; et les riches, il les renvoie, vides. Il soutient Israël, son enfant, ayant en mémoire de le matricier, comme il l’a dit à nos pères, en faveur d’Abrahâm et de sa semence, en pérennité. » Miriâm demeure avec elle trois mois environ; puis elle revient dans sa maison.

Méditation

La Visitation est la scène d’une humanité divinisée par la Présence, laquelle s’eucharistie, se donne en partage dans des simples mots et gestes humains. Elle traduit l’Éternel dans le provisoire. Elle montre deux femmes « remplies par le souffle sacré » et habitées par le Fils par qui le Père les engendre. Nous sommes devant une scène sacré où nous sommes appelés à contempler l’union si humble de l’humain et du Divin. Ce texte nous illumine sur ce que nous pouvons devenir et être en Dieu et Dieu en nous.

Il est normal que, dans notre contemplation et dans celle de ces deux femmes, nous soyons entraînés dans le « Magnificat » du Père et du Fils dans l’Esprit. Nous sommes saisis par leur louange d’Amour éternelle qui nous a été si souvent rappelée dans les textes de saint Jean médités récemment. Et cette louange traduit le chemin même des femmes et des hommes qui deviennent humains.

Notre « être exalte IHVH-Adonaï ». Une telle réalité tient à ce que nous entrons en communion avec la source de tout être, soit l’Être divin. L’Être de Dieu coule alors en nous comme un fleuve sans bruit mais dont la puissance de Vie « exalte ». Notre être même devient louange, car prière, don, partage continuel de Dieu par, avec et en nous jusqu’à Dieu. Un grand courant qui n’a plus en nous l’entrave que nous accordons au mal. Notre être est Magnificat de Vie !

Notre « souffle exalte pour Elohîms, mon sauveur ». Tout le « souffle » de notre vie devient Souffle même du Père et du Fils. Saisis dans ce Souffle, dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va », nous voilà glisser dans une liberté et une gratuité complètement inconnues. La Visitation n’est pas un événement fixe dans le temps mais l’expérience d’une Éternité qui traverse tout ce que nous vivons et nous entraîne vers les espaces trinitaires. Nous n’avons plus besoin de savoir demain, de l’anticiper, mais simplement nous sommes plongés dans le présent de la Présence où Dieu seul suffit.

Tout cela, « parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ». En Marie, Dieu a trouvé une réelle terre humaine, celle qui est humble. Cette humilité n’est qu’agenouillement priant devant Celui qui donne et partage tout, qui ne retient rien mais s’évide de Lui-même par Amour. L’humilité ne naît pas de nos efforts et de notre superbe mais elle est le don même de ce Dieu qui habite Marie et qui nous habite. Le Fils est en nous le terreau humble en qui l’Éternité, la Vie, l’Amour et la Vérité de Dieu trouvent racines. Le Fils, l’Ultime Pauvre qui reçoit tout du Père et lui redonne tout dans l’Esprit, est l’humus filial de notre humanité, humus qui nous pose intérieurement de juste façon dans l’être… au point que le Père y reconnaît le Fils en qui Il veut se répandre.

« Voici, désormais tous les âges me diront : En marche ! » En marche est le premier terme de toutes les béatitudes dans la bible de Chouraqui. C’est-à-dire que ce Dieu qui se donne en Marie et qui veut se donner en chacun.e de nous se veut la mise en route de nos « visitations mutuelles » de Dieu à nous, de nous à Dieu, et cela, au coeur de toutes nos relations humaines. Entre Dieu et nous, un même pas, un même mouvement d’Amour vers l’A(a)utre, une même rencontre, une même Union.

Une telle oeuvre nous dit Marie est bien l’oeuvre de Dieu, car c’est Lui qui « fait pour (nous) des grandeurs ». Et l’oeuvre même de Dieu en nous est son Fils, qui nous donne part à « son nom sacré ». Chacun.e de nous prend « nom » en « le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Phi 2, 9). Par notre nom, conjugaison du Nom sacré du Fils, notre être est inscrit, en encre de vie éternelle, dans le grand « Livre de la Vie ». Saisis sommes-nous dans l’humilité du Fils, il nous est possible d’entendre le Verbe du Père qui nous dit : « si tu savais le nom de Dieu et qui est celui qui te dit » (Jn 4, 10).

Nous recevons alors du Fils « son secours matriciel, d’âge en âge sur ses frémissants ». Nous éprouvons cette miséricorde divine, car nous sommes déportés dans le sein du Père où « d’âge en âge », donc pour l’Éternité, nous frémirons d’Amour en Dieu. Un tel frémissement secouera en nous tout ce qui n’est pas de Dieu et comme les feuilles à l’automne seront dispersés par le Souffle « les orgueils en l’intelligence de (nos) coeurs », seront descendus nos « toutes-puissances égoïstes » et seront vidés « les richesses sans consistance de nos vies ».

Le Dieu qui naît en nous nous « matriciera » en Lui. En les entrailles du Père, nous naîtrons filles ou fils dans le Fils sous le Souffle et nous entrerons ainsi en la Vie « en pérennité ». Cette Vie nouvelle sera un Magnificat sans fin où, en nous, tout sera louange de Vie et louange en la Vie !

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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