Méditation : Le Dieu guérisseur ! (No 237)

Image par Mele Coronato de Pixabay

Évangile du Samedi 4 juin 2022 – 7e semaine de Pâques (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« C’est ce disciple qui a écrit ces choses ; son témoignage est vrai » Jn 21, 20-25

En ce temps-là, Jésus venait de dire à Pierre : « Suis-moi. » S’étant retourné, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. C’est lui qui, pendant le repas, s’était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : « Seigneur, quel est celui qui va te livrer ? » Pierre, voyant donc ce disciple, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » Jésus lui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Le bruit courut donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or, Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait pas, mais : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? »
C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai. Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, je pense que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait.

Méditation

Note : Cette méditation veut être un hommage à toutes les personnes accompagnatrices du Pèlerin.

L’évangile nous présente deux figures, Pierre et Jean, qui renvoient à deux missions dans l’Église et, tout autant, à deux aspects de notre vie spirituelle. Pierre est l’homme que Jésus appelle à le suivre et veut être par lui celui qui marche, dans la fatigue et les combats, sur la route des humains afin de les rejoindre partout où ils se trouvent. Il veut en faire un « pêcheur d’homme ». Pierre sait très bien que Jean est différent de lui. Le texte d’aujourd’hui nous rappelle d’ailleurs une de ces différences : « c’est lui qui, pendant le repas, s’était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : « Seigneur, quel est celui qui va te livrer ? » » Pierre se souvient sûrement qu’il n’aurait pu entrer dans la cour du grand prêtre si ce n’était de Jean (Jn 18, 16). Il se rappelle probablement, quand ils ont couru au tombeau, que Jean courait plus vite que lui (Jn 20, 4). Il y avait chez Jean cet Amour !

Les versets précédents de l’évangile laissent sous-entendre que Pierre se sentait probablement très pauvre en regardant Jean et se questionnait sur son amour à lui pour Dieu et sur l’Amour de Dieu pour lui. Le reniement a ouvert en Pierre cette blessure et Jésus l’a refermée ou guérie en le questionnant directement par trois fois sur cet amour. Et la réponse fut « pais mes agneaux ou mes brebis » (Jn 21, 15-17). Pierre a saisi dans son coeur qu’il y a autant d’amour de la part de Jésus vers lui que vers Jean. Mais cet Amour ne s’exprime pas de la même façon. De Pierre, il attend que sa vie soit réponse à cette question : « suis-moi »; et cette réponse implique que l’Amour de Dieu, Pierre devra la trouver au coeur de l’action, du « paître ses brebis ou ses agneaux ».

Pierre est donc en avant avec Jésus comme celui qui marche à sa suite, et qui est appelé à laisser Jésus lui « ceindre la ceinture et le mener là où il ne voudrait pas (Jn 21, 18). Pierre, maintenant, a besoin de se retourner pour voir Jean, non pas qu’il court cette fois plus vite que Jean mais, simplement, qu’il court différemment. C’est d’ailleurs la réponse que Jésus lui fait : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Jean ne suit pas Jésus, il demeure en Lui. Il ne marche pas en avant, comme Pierre, il marche en dedans. Sa vie est de garder, nous dit le texte, la tête « penchée sur la poitrine de Jésus ».

Son existence est de « demeurer » coller à ce Coeur pour y entendre, en tout et en toutes et tous, les battements de l’Amour. Comme, il est appelé, à la dernière cène, d’entendre aussi les trahisons humaines et, plus encore, la douleur de Dieu, car Dieu est déchiré par les souffrances de ses enfants.

Dans l’Église, il y a des missions où les personnes sont appelées à suivre le Christ dans les fracas de l’action et d’autres à demeurer pour entendre les murmures de Dieu en tout être. S’il y a des missions très différentes à la Pierre et à la Jean, ces deux aspects font toutefois partis de chacune de nos missions dans le Christ. C’est ce que l’évangile, hier et aujourd’hui, nous dit. De fait, les personnes qui sont dans l’action, si leur mission est dans le Christ, auront toujours cette soif intérieure de « demeurer ». Quant aux personnes appelées à demeurer, elle porteront toujours le désir de mourir au combat ou d’être de tous les apostolats, comme une Thérèse de Lisieux qui deviendra patrone des missions. « Que je veux, ô mon Dieu, porter au loin ton Feu ! », écrira-t-elle. Et voici mon hommage aux personnes accompagnatrices du Pèlerin…

Je crois sincèrement que les personnes accompagnatrices ont une mission qui est semblable à Jean et qu’elles portent la mission du « demeurer ». Dans chaque rencontre d’accompagnement, elles sont appelées à se « pencher sur le coeur de la personne accompagnée » et, là, y entendre les reniements, les trahisons et toutes les blessures de la personne. Mais, plus encore, elles doivent y entendre l’Amour infini de Dieu pour cette personne, un Amour qui se trouve en creux de ce qu’est cette personne accompagnée et de son histoire mais, qui est, aussi, brûlant au coeur de toutes ses souffrances, comme un feu d’espérance inextinguible.

Ce « demeurer » toujours présent au mystère de Dieu en l’autre et au mystère de l’autre en Dieu appelle, de la part des personnes accompagnatrices, à se laisser saisir par la Parole du Fils pour que la Vérité et l’Amour de ce dernier éclatent en eux et en la personne accompagnée. Cela leur demande, également, de s’abandonner entièrement à l’Esprit, car elles doivent se laisser conduire en ces lieux divins d’où l’humain naît et s’incarne. En ces lieux où Dieu seul sait le chemin !

Si Pierre est déchiré par toutes les souffrances du monde, Jean est pris aux entrailles par les souffrances intérieures de chaque humain jusqu’aux souffrances les plus intimes de Dieu. C’est contre ce lieu sacré de l’Ê(ê)tre que la personne accompagnatrice dépose sa tête et qu’elle laisse au Dieu « guérisseur » de réaliser, par, avec et en elle, son ministère de Résurrection.

Tout mon hommage à ces femmes et ces hommes qui accompagnent et qui laissent Dieu se pencher vers elles afin qu’aucun des battements de leur coeur ne Lui soit étranger et qui, saisi.e.s en Lui, laissent Dieu se pencher sur chacun.e de ses enfants pour les aider à y découvrir les trésors qui s’y cachent ! Les personnes accompagnatrices participent, ainsi, à ce ministère de Résurrection et de guérison ! Mais sachons que toutes et tous, nous sommes appellé.e.s à faire notre part dans ce ministère !

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

DROIT D’AUTEUR

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