Méditation : Le « surcroît » de Dieu (No 251)

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Évangile du Samedi 18 juin 2022 – 11e semaine du temps ordinaire (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Ne vous faites pas de souci pour demain » Mt 6, 24-34

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

Méditation

Une des phrases les plus puissantes des évangiles se retrouve dans le texte d’aujourd’hui : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » En introduction à cette phrase, il y a une longue démonstration spirituelle de la part de Jésus pour rappeler la Providence du Père envers tous ses enfants. Dans nos vies, nous sommes le plus souvent préoccupés de la nourriture, de l’habillement, du logement, des nécessités de tous les jours. Mais Jésus nous dit que, si nous avons la foi, Dieu s’occupe de tout. Saint François d’Assise a vécu toute sa vie sur cette réalité, compter sur Dieu en tout. Il ne saurait nous manquer.

Bien sûr, cela nous semble magique et quelque peu impossible et, pourtant, ce fut la réalité de tant de saint.e.s. Ces derniers, à l’unanimité, ont toujours cru que Dieu seul suffit. Ils ont compris que, comme le Fils dont toute la vie est tournée vers le Père, la leur devait vivre dans cette contemplation du Père par le Fils dans l’Esprit. Ils ont donc voulu vivre cette phrase étonnante : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »

La phrase ne dit même pas « trouvez » ou « vivez » mais, simplement, « cherchez ». Jésus ne nous demande pas un résultat mais veut ouvrir en nous le besoin et le désir de Lui afin que, comme Lui, notre vie soit tournée vers Dieu. Le seul fait de « cherchez » suffit, comme si cette tension amoureuse vers Dieu était suffisante, car elle constituait en elle-même le « Royaume de Dieu ». N’est-il pas vrai, de fait, que le Royaume qui est Dieu et qui est l’humain n’est dans sa nature la plus profonde qu’Amour !

Dieu ne nous demande pas de faire des miracles ou d’être parfaits mais humblement de « chercher » en tout ce que nous vivons à aimer Dieu et notre prochain. Quand nous lisons les mystiques et que nous sommes témoins de leurs ravissements, des locutions intérieures, des visions du Christ ou de Marie, des miracles… nous avons l’impression un instant que le coeur de la mystique repose sur ces manifestations. Mais il n’en est rien ! Car « si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit » (1 Cor 13, 1).

Mais « cherchez » n’est pas facile pour nous pour plusieurs raisons. La première est que « cherchez » signifie de ne pas savoir le chemin, de tâtonner pour le trouver, de se tromper souvent et même de chuter. Cela demande donc beaucoup de foi. « Cherchez », si son essence est en vue d’une rencontre, cela signifie que nous sommes toujours « à la merci » de Celui que nous cherchons. Mais quand va-t-il répondre ? Une telle attente demande beaucoup d’Amour, car y persévérer implique un profond Amour de l’Autre. Mais cette attente a la merveilleuse qualité de nous dépouiller de cet Autre perçu comme à notre service, et ce, pour enfin aimer l’Autre pour ce qu’il est. Il creuse ainsi notre besoin et désir de Lui comme la Bien-aimée du Cantique des cantiques : « Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon coeur aime » (3, 2). En tout temps et en tout lieu, nous « chercherons » notre Bien-aimé pour le trouver en tout jusqu’à profondément le trouver en nous. Et ce jour-là, « j’ai trouvé celui que mon coeur aime. Je l’ai saisi et ne le lâcherai point que je ne l’aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a conçue » (Ct 3, 4).

Cette recherche, ce besoin et ce désir de Dieu, voilà la vraie justice, celle que nous devons offrir à Dieu qui Lui nous cherche le premier et dont l’Amour ne cessera jamais de nous être offert. Voilà la vraie justice et la vraie richesse, cet Amour partagé, ce Dieu partagé. Mais cette justice de Dieu, nous sommes appelés à l’appliquer à tous les humains, c’est-à-dire que le mal causé par les autres ne doit pas nous arrêter de « chercher » en chaque humain ce Dieu qui s’y trouve et qui veut naître en notre frère ou en notre soeur. La justice est cet Amour bienveillant que nous sommes chacun.e appelés à être les uns pour les autres en cherchant ensemble. Et dans cette recherche commune nous découvrirons cette Source divine continuellement mise à notre disposition.

La nourriture, les vêtements, le logis, etc. ne sont que l’expression bien pauvre de ce « surcroît » de Dieu. Si nous « cherchons », nous verrons en nous, entre nous et en ce monde « surcroître » la Vie de Dieu. À ce moment, nous n’aurons plus jamais faim, car nous nous nourrirons du « pain de Vie ». Nous n’aurons plus jamais soif, car « l’eau que (Dieu nous donnera) deviendra en nous source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14). Nous ne chercherons plus vêtement mais nous serons « revêtus du Seigneur Jésus Christ » (Rm 13, 14).

« Cherchez » est l’acte même qui nous donne d’entrer dans le « surcroît » de Dieu. Trouvons-y notre justice ! «  » Viens !  » Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Ap 22,17).

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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