Méditation : Les demeures éternelles (No 14 – série 2022-2023)

Image par John de Pixabay

Évangile du Dimanche 18 septembre 2022 – 25e dimanche du temps ordinaire (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » Lc 16, 1-13

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.” Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.” Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.” Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
« Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Méditation

J’ai trouvé ce texte très confus à lire et à méditer. Il me semblait un ramassis de phrases qui ne se tiennent pas ensemble et qui, par certains aspects, se contredisent. Puis une certaine lumière s’est faite en moi.

La première vérité qui m’est apparue est que nous sommes tous gérants d’un homme riche, à savoir de Dieu. Toute notre vie humaine, tout ce que nous sommes, nous vient bien simplement du partage que Dieu nous fait de sa richesse. Deuxième vérité : assurément, nous ressemblons beaucoup à ce gérant qui dilapide les biens de son Bienfaiteur. Jour après jour, nous recevons tant de Dieu mais que faisons-nous de ses grâces, que faisons-nous de la richesse de notre vie ? Ne déplaçons-nous pas facilement notre coeur du Bienfaiteur vers les richesses de ce monde, dont l’argent ? C’est un trouble profond pour moi de laisser ces paroles de Jésus résonner à mon endroit : « Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant ».

Mais la suite du texte est toutefois pleine d’espérance, et contradictoire au possible. Voilà que le fameux gérant que nous sommes dilapide un peu plus les biens de son Dieu en puisant à la richesse de ce dernier afin de remettre les dettes à plusieurs. Et il se dit à lui-même : « Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux ». Même s’il dilapide davantage, surprise, « l’homme riche » de la parabole, Dieu, le loue pour son habileté. Comme s’il disait, « c’est formidable, tu m’as volé un peu plus ».

En fait, le gérant malhonnête pose plusieurs actes essentiels auxquels Dieu nous appelle, car n’est-ce pas vrai que, dans le Notre Père, Jésus nous dit « remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs » (Mt 6,12). Il y a là une leçon formidable : nous ne pouvons remettre à l’autre que ce que Dieu nous a donné. C’est pourquoi Dieu se réjouit de l’habileté du gérant, et même de son humilité. Le pardon ne vient pas de nous mais de Dieu, car il est fruit de son don.

L’humilité du gérant se confirme d’une autre façon quand il affirme : « Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. » Dans sa pauvreté, il se rend compte justement qu’il ne peut rien de lui-même et, plus encore, que ce n’est pas ce qu’il fait qui assurera son salut mais le partage même, dans la gratuité, de la richesse de Dieu. Nous ne sommes pas les maîtres du don et le don ne repose pas sur la grandeur de nos actions mais, simplement, sur le consentement humble à laisser Dieu, par nous, communiquer sa richesse, et le plus souvent en nous gardant dans l’inconnaissance de ce don.

L’humilité se confirme également par le fait que, s’il est vrai que le gérant demeure en partie centré sur lui-même, il se tourne toutefois vers l’autre et lui remet une partie de ses dettes, saisissant ce pouvoir que Dieu lui donne de le faire. Et cela en vue d’une finalité incroyable : « pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux ». Ce que Jésus traduira ainsi : « Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles« .

Jésus nous demande donc que, malgré le fait que dans notre vie nous avons oeuvré à notre profit avec « l’argent malhonnête » et que de cet argent nous en avons fait notre dieu, il nous est possible, aujourd’hui même, de remettre à l’autre la même dette que nous avons envers Dieu. Il ne nous est jamais enlevé le pouvoir de donner et, ainsi, de créer ces liens dans l’Amour qui bâtissent le Royaume et préparent « les demeures éternelles » (que nous sommes).

Au final, la leçon est simple : est digne de confiance ou fidèle le gérant qui partage ce qu’il a reçu de Dieu. En se rappelant, « si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? »

Chaque don réalisé, spécialement celui de nous-mêmes, ouvre et bâtit les demeures éternelles. Qu’importe la pauvreté du don, qu’importe s’il participe du malhonnête argent, si nous remettons à l’autre, nous serons considérés par Dieu un gérant habile et sagace et en donnant nous gagnerons plus.

Dieu, au final, ne nous demande pas tant de choses sinon de partager ce que nous avons et ce que nous sommes, richesses qui nous viennent l’une et l’autre de Lui. Dans ces dons bien petits et pauvres se glissent une éternité qui bâtit la véritable humanité en « demeures éternelles » !

Stéfan Thériault (stheriautl@lepelerin.org)

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