Méditation : Les temps des païens (No 81 – série 2022-2023)

Image par Jim Cooper de Pixabay

Évangile du Jeudi 24 novembre 2022 – 34e semaine du temps ordinaire (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens, jusqu’à ce que leur temps soit accompli » Lc 21, 20-28

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, alors sachez que sa dévastation approche. Alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans les montagnes ; ceux qui seront à l’intérieur de la ville, qu’ils s’en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu’ils ne rentrent pas en ville, car ce seront des jours où justice sera faite pour que soit accomplie toute l’Écriture. Quel malheur pour les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura un grand désarroi dans le pays, une grande colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés en captivité dans toutes les nations ; Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens, jusqu’à ce que leur temps soit accompli. Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire.
Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.»

Méditation

La haine et la violence sont en crescendo dans ce texte, « parce que ce sont des jours de vengeance » (traduira Chouraqui). Jérusalem sera « encerclée par des armées » et détruite. Il y aura « grande détresse sur la terre » (Chouraqui) et. « des signes dans le soleil, la lune et les étoiles (…), car les puissances des cieux seront ébranlées ». Voilà nous dit le texte : « les temps des païens ».

Un tel descriptif semble presque une peinture trop fidèle de notre monde actuel. Mais ce qui me frappe aujourd’hui est que tout part de Jérusalem, comme si, sur l’échiquier du mal, elle représentait la base du malheur ou du combat. Il me semble que la symbolique de cette ville nous renvoie à trois éléments fort importants et qui explicitent « les temps des païens » et le malheur que ces temps traînent avec eux.

D’abord, Jérusalem est la ville sainte, la ville de Dieu, la ville de son adoration et de sa célébration. Si les armées de nos haines y entrent, cela signifie que nous avons abandonné Dieu et une telle réalité est notre perte. Si l’humain a été façonné à l’image et à la ressemblance de Dieu, cela nous enseigne que Dieu, depuis l’origine, a désiré comme fin pour l’humain l’union avec Lui. Entre cette origine et cette fin, la vie humaine ne peut donc se déployer que par et en sa relation avec Dieu. L’humain perd son humanité s’il perd sa filiation à Dieu et la part spirituelle de son être. Rapidement, la mort de Dieu dans nos vies devient la mort de l’humain, car nous n’avons plus alors aucune connaissance non seulement de qui est Dieu mais de qui est l’homme et la femme.

Dans cette optique, Jérusalem nous rappelle que nous sommes le sanctuaire de Dieu où ce Dernier veut habiter et être aimé. Si nous laissons « les vengeances », les haines, le mal entrer dans notre demeure et la dévaster, non seulement nous nous détruisons mais, comme on le voit dans ce texte et comme on le voit en notre monde, nous nous assiégeons mutuellement et nous anéantissons progressivement la création. « Les temps des païens » que nous traversons nous montrent à quel point l’humain est déshumanisé, désacralisé, dévalisé de ce qu’il a de plus précieux. L’humain devient une chose insignifiante qui sert au profit des riches et des souverains, à la merci aussi de ces économies sauvages des grandes compagnies.

Quelle tristesse et détresse que de voir le temple sacré de l’humain, notre Jérusalem intérieure, devenir un repère de brigands ! Uniquement habitée par l’envie, la convoitise, le désir de dominer, la vengeance, la haine…

Mais Jérusalem est aussi la ville de trois grandes religions, judaïsme, christianisme et islamisme. Et cette réalité nous questionne sur le rôle même des grandes religions dans notre société. Sont-elles au service de Dieu et de l’humain ou ont-elles été investies et profanées par toutes sortes de maux internes et des vengeances et des goûts de conquête externe ? Combien de haine entre plusieurs adeptes de ces religions ?! Quand les religions ne sont plus instruments de paix mais deviennent expressions des « temps des païens », nous sommes vraiment en trouble, car qui nous rappellera la voie de la non-violence, le chemin de la collaboration et de la solidarité, le partage des richesses, la valeur intrinsèque de tout humain, la beauté de la création, etc.

Notre seule espérance, quand l’humain oublie son humanité et le Divin, est que Dieu ne nous oublie pas et qu’il a justement envoyé son Fils prendre sur Lui toutes nos vengeances. En mourant sur la Croix, en laissant son temple humain dévasté par nos haines, il a planté la semence de notre salut. Même nos désirs de voir mourir Dieu et l’humain et leur cristallisation dans nos « temps païens » ne peuvent trouver victoire. Et, de toute façon, comment pourrions-nous trouver victorieux de détruire qui nous sommes et la création qui nous a été confiée ou de chercher à voir mourir Dieu ?

« Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ».

Au coeur des misères et des dévastations de notre monde et de l’humain, gardons nos yeux fixés sur Dieu et nous sortirons vainqueurs. Paradoxalement, « la rédemption approche » au lieu même de nos détresses. Demeurons dans l’espérance !

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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