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Méditation : Temps de Miséricorde (No 65)

19 juin 2021- 11e semaine du temps ordinaire

Image par Peter H de Pixabay

Évangile du samedi 19 juin (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Ne vous faites pas de souci pour demain » Mt 6, 24-34

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

Méditation : Le « vrai surcroït »

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur » : cet essentiel spirituel nous a été rappelé hier avec le poids du choix qu’il sous-entend. Ce choix est de mettre au centre de notre vie soit le monde et sa richesse soit Dieu et son Royaume. Et vient avec ce choix de la terre ou du ciel, nous dit le texte d’aujourd’hui, la mise en service de tout notre être ou, dit autrement, de ce à quoi ou à qui nous allons consacrer notre vie. Et nous devons savoir que « nul ne peut servir deux maîtres : (…) Dieu et l’argent ». Ceci signifie que repose sur notre choix toute notre mission de vie et qu’un chemin, celui de Dieu, conduit à la liberté et que l’autre nous enferme dans l’esclavage et, comme nous le disait le texte d’hier, nous dévorera le coeur. Mais comment dans nos vies passer de l’esclavage du monde à la liberté des enfants de Dieu?

Un élément déterminant, et qui est en même temps un critère de discernement pour savoir si notre coeur est attaché aux richesses du monde ou est libre en Dieu, est l’inquiétude ou le souci. Ce mot revient six fois dans le texte. Quand cette inquiétude est présente, notre coeur n’est plus en paix et s’attarde aux trésors du monde que nous avons peur de perdre. Deux inquiétudes particulières sont ciblées ici : la nourriture et le vêtement. La nourriture renvoie à ce qui nourrit notre vie, aux plans physique, affectif, social, intellectuel, spirituel, etc. L’humain est un être de manque et a besoin de se nourrir pour vivre. Si la nourriture vient à manquer, il ne peut devenir qui il est et s’éteint intérieurement. Mais alors, me direz-vous, n’est-il pas normal de s’inquiéter ?

Si le pain du monde est important, Jésus nous dit que ce n’est pas ce pain qui est premier mais celui du Ciel. Et c’est Lui, le Christ, le véritable Pain de Vie, comme l’a chanté saint Jean. La vraie nourriture pour l’humain qui a été fait pour Dieu sera toujours de chercher « d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ». Jésus dit, d’abord, il ne nie ou ne renie pas le besoin de la première nourriture mais l’humain est fondamentalement un être filial et spirituel, deux aspects qui ne peuvent être comblés qu’en Dieu. En somme, de Dieu seul, nous pouvons recevoir une nourriture qui demeure en Vie éternelle. La grandeur de cette recherche implique non pas de nous centrer sur des biens extérieurs mais sur les biens intérieurs et, spécialement, sur la valeur unique de chacun.e. L’humain et le divin sont donc placés au centre, ce qui est leur place légitime et non les richesses du monde au détriment des deux premiers.

La deuxième inquiétude est celle du « vêtement ». Le vêtement renvoie à ce qui nous protège (exemple : du froid), à un soin de nous-mêmes que nous nous accordons et même à une dignité et une valeur que nous nous reconnaissons. Comme le fils prodigue qui revient à la maison et dont le père s’écrie : « Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds » (Lc 15, 22). Par ce geste, le Père lui redonne sa dignité d’homme mais, surtout, de fils. Le vêtement est donc important mais il ne doit pas devenir le centre, car il est, dans les faits, la conséquence d’une disposition intérieure. Le vrai vêtement du fils prodigue n’est pas la robe. Elle n’est que le symbole de ceci : « mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé ! » (Lc 15, 24)

Jésus, en fait, est venu sur la terre pour que nous redécouvrions la valeur de notre humanité et la grandeur du don que nous portons. Il est venu pour que nous revêtions de Lui (Gal 3, 27) afin que nous soyons revêtus de l’Homme nouveau (Éph 4, 24). Il nous dit : « La vie (moi qui ajoute : notre vie, ce que nous sommes) ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? » Imaginez si Dieu donne aux oiseaux du ciel, toute la nourriture qu’ils ont besoin, ne saisissez vous pas que « vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? » Et « Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme » un lis des champs. « Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? » Il est bien triste que l’humain appuie sa valeur, son identité et sa dignité sur des choses et non pas sur qui il est en réalité et aux yeux de Dieu..

« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » La vie est un mystère de gratuité. Dieu est le Dieu de la dépossession, qui ne retient rien de Lui-même et qui, par rapport à nous, donne tout par Amour. Notre seule préoccupation devrait être de chercher Dieu avec la même passion qu’Il nous cherche. Cette recherche ne doit donc pas être comprise comme une course au trésor qui nous rendra riche selon les critères du monde, mais une course vers nous-mêmes et vers Dieu, vers le lieu de notre rencontre dans le don mutuel. Car le mystère de l’Amour nous dit que c’est en donnant que l’on reçoit, et que c’est en recevant de tout notre être le don de l’A(a)utre que nous honorons son don et qu’il nous engendre. Le « surcroît » des richesses de la terre prend alors son vrai sens : il exprime de quel Amour Dieu aime l’humain et reconnaît sa grandeur de fils ou de fille de Dieu. Toute la création et ses richesses nous disent de la part de Dieu : « tu as du prix à mes yeux ».

Ne vivons donc pas dans l’inquiétude du lendemain, car nous possédons la plus grande richesse qui soit : Dieu, et son Coeur ouvert qui déverse vers nous tout son Amour, c’est-à-dire Lui-même. Le vrai « surcroît » qui gît en tout est Dieu Lui-même, débordement de la beauté de son Être et de son Amour.

Stéfan Thériault (stheriault@lepelerin.org)

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